Les banques alimentaires manquent de nourriture, mais les bénéficiaires affluent. Moins de dons des grandes surfaces. Légumes, produits frais, épicerie sèche. Ils repensent leurs bénéfices. Les agriculteurs, donateurs également, essayent donc de compenser en offrant des denrées alimentaires, malgré leurs difficultés.
Les frigidaires déserts, la réserve à moitié remplie, les visages fatigués des bénévoles, malgré leurs sourires. Parmi eux, Jany, retraitée. Surnommée la fée du carton, cette sexagénaire, bénévole depuis 4 ans, travaille avec enthousiasme. Malgré le froid qui règne dans cette zone industrielle.
Cette banque alimentaire, située au Boulevard Alfred Daney, à proximité du bassin des lumières, aux allures d’entrepôts de mobiliers, enregistre 5 200 tonnes de nourritures par an. Pourtant, celles-ci traversent actuellement une crise. Des collectes en automne et au printemps moins efficaces et les coupes budgétaires sont ses défis majeurs. En tout, ce sont 4 100 tonnes d’aliments redistribués sur 5 200. L’équivalent de 8 200 000 repas. Aliments abîmés, donnés aux agriculteurs pour leurs bétails, transformés en gaz ou recyclés par l’association « la NOMALI & CO ». Les produits y reviennent transformés afin de les distribuer aux associations.
2/3 des ayants-droit recevant l’aide
Malgré les dons en baisse, les bénéficiaires affluent, instaurant une incohérence entre l’offre et la demande. La hausse des prix dans les grandes surfaces, l’inflation et la qualité des produits proposés forcent les consommateurs à voir ailleurs. Les banques alimentaires, acteurs souvent invisibilisés, proposent donc moins aux associations de redistribution. Celle de Bordeaux estime à environ deux tiers le nombre d’ayants-droit recevant l’aide proposée. Familles monoparentales, étudiants, retraités, sans domicile fixe ou encore individus en situation irrégulière peuvent y prétendre.
Jean-Marc Travaux, salarié pendant deux ans puis bénévole depuis un an et demi, affirme que les grandes surfaces, en perte de bénéfices, tentent de trouver des solutions pour combler ce déficit. Lors de la « ramasse », la collecte des produits le matin, Jean-Marc, responsable de la collecte et de l’approvisionnement, constate une rétractation des grandes surfaces : « les dons ne suffisent plus à répondre à la demande, on va finir par en manquer ». Leur clé pour pallier le déficit : des promotions. Moins dix, vingt ou encore trente pourcents sur des produits frais du quotidien. Cette valorisation de la nourriture, engendre une baisse du gaspillage alimentaire et profite dans un second temps aux personnes en situation précaire, grâce aux paniers « antigaspi » qu’ils proposent.
Des « héros cachés »
Cette organisation compte en revanche sur les dons d’autres acteurs. Industries agroalimentaires, Fonds Européen d’Aide aux Démunis (FEAD), collectivités locales, État et agriculteurs. Ils essayent de compenser en offrant quatre tonnes de denrées alimentaires par an, malgré leurs difficultés actuelles. Ces « héros cachés » jouent un rôle majeur dans l’approvisionnement des banques alimentaires. Notamment en fruits, en légumes, en laitages et parfois en viandes.
Entre, crise sanitaire, exploitations qui ferment, rémunération qui ne cesse de baisser et accords Mercosur, les agriculteurs font aujourd’hui face à de nombreuses difficultés. La concurrence internationale, due aux différentes normes jugées « moins strictes » en est la principale raison. La crise climatique, détériorant les sols et la hausse des coûts de production, en partie à cause du prix des engrais et du carburant, en sont deux autres. Les agriculteurs, contribuent à environ 10% des dons. Ils sont des intervenants majeurs pour les 22 800 bénéficiaires, venant chercher leur repas toutes les semaines.