Dans le café GEM (Groupe d’Entraide Mutuelle) associatif de Bordeaux, situé rue Maucoudinat, des personnes souffrant de troubles psychiques trouvent un refuge contre la solitude et les stigmatisations. L’écoute et la solidarité changent leurs vies.
Leur quotidien n’a rien de différent. Mélanie et Christophe se retrouvent tous les jours, tous les deux, dans le café associatif GEM de Bordeaux pour essayer de vaincre leur solitude. Ce grand espace, où ils peuvent discuter, prendre un repas ou simplement prendre un verre, est un café un peu spécial. Ce cadre accueillant et chaleureux est assez polyvalent. Cybercafé, bar en pierre, espace de travail, cet endroit accueil tout le monde et particulièrement les personnes avec des troubles psychiques. L’information sur la santé mentale et la déstigmatisation de celle-ci est le but de ce café GEM, Groupe d’Entraide Mutuelle.
Parmi les solitaires ressentis, 8 personnes sur 10 ont déjà vécu au cours de leur vie des troubles psychiques liés à la solitude. Mélanie est l’une d’entre eux. À la fois adhérente et administratrice, elle se rend tous les jours au café GEM pour vaincre son isolement. « Témoigner de mon handicap, sensibiliser, c’était vraiment important pour moi ». Son besoin de rencontrer d’autres personnes « comme elle » et de « se sentir utile » malgré son « handicap ». Christophe, 35 ans, atteint du trouble borderline, souhaitait « apporter sa pierre à l’édifice » en travaillant au café. Isolé depuis un certain temps, il découvre le GEM grâce à des amis qui y travaillent.
Lorsqu’il pousse les portes de cet endroit, il ne s’attend pas à y rencontrer des personnes atteintes du même trouble que lui et de pouvoir échanger à ce sujet, en toute liberté. « Ce lieu m’a beaucoup aidé, ça m’a permis d’être moi-même et de ne pas me cacher derrière un masque », il témoigne, de la joie dans la voix. « Ici, on a tous des pathologies […] ça permet de pouvoir discuter ensemble de nos symptômes, de nos angoisses » ajoute Mélanie.
Lutter contre les préjugés est un cap de leur vie. Selon Mélanie, les films qui parlent de la schizophrénie, trouble dont elle est atteinte, « sont loin de la réalité ». À ses yeux, ils « stigmatisent beaucoup » cette vision de la santé mentale.
Elle ajoute « quand on a un handicap psychique, ce qui est le cas, c’est compliqué d’en parler, c’est tabou ». C’est pourquoi aujourd’hui, Mélanie partage son expérience, afin de sensibiliser la société et de détruire les stéréotypes liés à la santé mentale.
« On commence à se juger nous-mêmes »
« Notre maladie nous éloigne pour un temps de la société et c’est compliqué de refaire le pas ». Pour Mélanie et Christophe, la stigmatisation de leur maladie les « bannit » un temps de la société, et affirment tous les deux « avoir du mal » à reconnecter avec « les « autres ». « Il y’a une certaine normalité qui est mise en place dans la société et dès qu’on en sort, ça devient compliqué. On commence à se juger nous-mêmes et à se demander pourquoi ça nous arrive, et pas à un autre ».
Mélanie et Christophe, grâce à ce café, font un appel à la sensibilisation : « Ne pas stigmatiser la santé mentale, mais s’informer. » « Borderline, bipolarité, schizophrénie, ce sont des troubles que n’importe qui peut avoir ».