De ses débuts sur les pistes enneigées de Grenoble à ses séances millimétrées sur les pelouses du XV de France, Thibault Giroud a traversé les frontières et les disciplines avec la même passion : comprendre le corps pour le pousser à son paroxysme.
Thibault Giroud a cette allure de roc inébranlable, faite de muscles ciselés et d’une discipline forgée par le feu des gymnases et des terrains. Ski, football américain, bobsleigh, rugby : Thibault Giroud est un sportif touche-à-tout.
« J’ai compris très vite que je n’étais pas très bon à l’école, et je savais que j’avais des qualités athlétiques pour faire du sport ». Son histoire commence dans la neige, skis aux pieds. Enfant de la montagne, il pratique ce sport quelque temps, puis se réinvente. Casque et épaulières, il devient running back au football américain, sport de collisions qui forge chez lui cette obsession pour la performance. « J’ai toujours été intéressé par la science, par l’entraînement, par la mécanique physiologique ».
Les JO de 2002
Quand l’Europe découvre son nom, c’est dans des bobsleighs glacés. Passé du cuir au métal, il pousse la porte de Monaco, puis celle de l’équipe de France, jusqu’à voir Salt Lake City devant lui lors des Jeux Olympiques de 2002. Dixième place, certes, mais Thibault Giroud affirme : « le bob, ça m’a inculqué la précision, parce que quand vous faites les Jeux Olympiques, vous pouvez avoir dix bobs sur la ligne d’arrivée en moins de 60 centièmes de secondes ».
Les années 2000 marquent le début de sa carrière de préparateur physique, pour le Biarritz olympique, Glasgow, Toulon… dans chaque club, il enrichit son bagage d’expériences. De ces voyages, il tire une conviction : la performance n’est pas une accumulation d’efforts, mais un lien entre cultures. « La richesse de ma carrière, c’est d’avoir fait le tour du monde, je peux comprendre les cultures de chaque joueur, dans la méthodologie d’entraînement ou dans l’aspect social ».
La fin de l’apartheid en Namibie
« Je suis revenu à l’athlétisme, et puis j’ai rencontré Francky Fredericks ». Le sprinter Namibien vient croiser sa route. « Cet athlète-là avait beaucoup de problèmes sur l’accélération, donc on a commencé à travailler ensemble. J’étais son partenaire d’entraînement. » Peu après, en Afrique du Sud, Giroud découvre le rugby grâce à André Markgraaff, ancien coach des Springboks. Là encore, il apprend avant d’enseigner et joue donc pour les Leopards puis pour les Saracens. Le choc des cultures le rattrape cependant très vite. « Il existait encore beaucoup de problèmes raciaux. C’était la fin de l’apartheid. Il y avait des quotas de joueurs de couleur dans le rugby professionnel là-bas. C’est-à-dire qu’on ne pouvait pas faire jouer plus de trois joueurs de couleur, même s’il était meilleur qu’un joueur blanc. »
Quand Fabien Galthié lui rend visite en Écosse pour lui proposer de rejoindre le XV de France, en 2019, c’est naturellement qu’il pose ses valises en Île-de-France. Il avoue même ne pas avoir « hésité une seule seconde » : « À Glasgow, il faisait nuit à deux heures de l’après-midi. L’été, il faisait 20 degrés. Pour eux c’était tropical ».
À 51 ans, Thibault Giroud affirme n’avoir « jamais connu de travail classique ». « Ma vie, mon métier, c’est le sport professionnel ». Sa méthode est celle d’un homme qui a connu la diversité, les doutes, les victoires comme les défaites. « À un moment donné, dans tous les corps de métier, vous avez envie de tout arrêter. Il faut s’acharner. Je n’ai pas gagné partout où je suis passé. Je suis mal parti au début, mais j’ai eu beaucoup de chance après ».