Dès le premier jour, nous nous sommes rendus sur le terrain. J’ai accompagné Marc à de nombreux rendez-vous. Politiques, faits divers, entreprises. Nous avons couvert quasiment tous les types de sujets, mais un en particulier m’a frappé.
Nous vivons aujourd’hui dans un monde où l’abandon d’animaux, que ce soit sur la voie publique, dans un carton au coin d’un magasin ou devant une SPA, n’est pas puni, ce qui n’a jamais été sérieusement envisagé. Pourtant, ces compagnons de tous les jours, nous en raffolons tous. Hamsters, lapins, chats et chiens ou encore oiseaux. Ils nous accompagnent, pour beaucoup, dans notre quotidien. Avec Marc Genetti, mon maître de stage, nous sommes allés à la rencontre de Kheit Larcher, directrice de l’établissement SPA à Mérignac, et d’Amanda Pirois, responsable des adoptions du refuge. Dans un premier temps, nous avons parlé de leur tombola annuelle qui s’est déroulée le samedi 12 avril, en l’honneur du printemps des animaux. Cependant, au fil de la discussion, Marc nous a emmenés vers la situation du refuge. Le nombre d’animaux récupérés chaque année, les abandons en hausse, les fonds de l’établissement en baisse constante, et en parallèle, les soins, la nourriture, les jouets toujours plus coûteux. Ceci est le bilan du refuge de Mérignac.
Avant cette longue discussion, Mme Pirois nous a proposé de faire une visite du refuge. De nature à aimer les animaux, Marc et moi avons accepté. Mais nous ne nous attendions pas à ce que nous avons vu. Des chiens, petits comme grands, dans des petites cages. Ils pouvaient à peine tourner en rond, faute de place, et étaient seuls par enclos. Nous n’avons pas eu l’occasion de voir les lapins et les cochons d’Inde. Amanda Pirois nous a affirmé avec une mine triste : « les chats ont plus de place que les chiens, ils ont « plus de chance » ».
En effet, les chats sont des animaux de nature plus sociable que les chiens, ils peuvent donc cohabiter ou, comme la responsable des adoptions nous l’a dit, « se tolérer ». Les chats présentant des maladies transmissibles (telles que la FIV, le sida du chat) ou ceux qui ont en horreur la présence de congénères sont placés dans des cages spécifiques. Lorsque nous sommes entrés dans la partie féline du refuge, nous sommes rentrés dans un premier temps dans le clos de verdure, où nous avons vu les chats jouer ensemble ou se prélasser. Leur curiosité piquée par notre présence au premier abord, ils ont rapidement fini par nous ignorer. Chacun vaquait à ses activités quotidiennes. Lorsque nous sommes sortis de cet espace vert, pour retourner vers la double porte de sortie de l’espace félin, nous sommes tombés sur un autre clos, sans verdure.
Pendant que Mme Pirois et Marc discutaient, je me suis abaissé vers un chat qui m’appelait agressivement. Au fur et à mesure que je me rapprochais, sa queue frétillait (synonyme de joie) et ses miaulements devenaient plus forts, moins longs et plus affectueux.
Nous nous sommes regardés mutuellement avant que je n’approche ma main, dans l’espoir qu’il la sente pour pouvoir lui caresser légèrement le museau. Mais ce qui fut surprenant, c’est qu’en approchant ma main, le chat en face de moi approchait lui aussi sa patte. Il l’a posé sur ma main en faisant quelques tapotements. Son miaulement hésitant et cassé a attiré mon attention et m’a attristée. Mme Pirois, l’ayant remarqué, m’a affirmé que les bénévoles qui s’occupaient d’eux les traitaient bien et que les animaux du refuge étaient aimés, mais pas suffisamment. L’amour d’un propriétaire et d’un bénévole n’est pas le même. Un bénévole doit se départager pour être sur tous les fronts, s’occuper de tous les animaux. Un propriétaire ne possède qu’en moyenne un à deux animaux, ce qui fait plus d’attention pour chacun de ces compagnons.
Après l’interview et le bilan effrayant du refuge, sur les abandons sur la voie publique, devant le refuge ou en mains propres, les maigres fonds et les excuses des propriétaires, nous sommes passés par l’accueil où nous avons aperçu un grand chien remuer la queue, l’air heureux. Une fois hors d’écoute du propriétaire, Amanda nous a avoué d’un air affligé que c’était déjà le deuxième retour du canin dans l’établissement. La raison ? Le propriétaire avait changé d’avis en l’espace de 48h. Elle nous a ensuite listé les excuses souvent abordées lors des abandons. Les déménagements en appartement, les difficultés financières, les responsabilités « trop grandes » (alors déjà évoquées lors de l’adoption). L’âge rentre également beaucoup en compte. Les propriétaires souhaitent des animaux tout juste sortis du ventre de leur mère pour pouvoir « en profiter ». Les plus absurdes sont sans nul doute : « il perd ses poils », « il miaule/aboie trop fort », « on ne peut plus partir en vacances », et le fameux « il a grandi ». Selon elle, beaucoup de propriétaires adoptent des animaux sans penser qu’ils grandissent par la suite.
Cette rencontre m’a fait me rendre compte que je ne pourrais surement jamais être impartiale lorsqu’il s’agit de la façon dont sont traités les animaux à notre époque. En écrivant cet article, j’ai corrigé plusieurs tournures de phrases et expressions à plusieurs reprises, pour tenter d’être la plus factuelle possible, sans jugement de valeur ni étalage de mon opinion. Ça a été compliqué. Ce sujet m’affecte tout particulièrement du fait que j’ai toujours été très proche des animaux, depuis mon enfance, et les voir aussi peu heureux, entendre leurs couinements m’a beaucoup attristée. Sans parler des conditions dans lesquelles ils évoluent aujourd’hui, par faute de moyens du refuge. Bien que les bénévoles fassent tout ce qui est en leur pouvoir, les animaux ne reçoivent pas autant d’amour qu’ils le mériteraient.
En écho avec mon bilan professionnel, écrire des articles qui vont à l’encontre de nos opinions n’est pas évident. Vers la fin de mon stage, alors que je pensais avoir échappé aux situations d’agressions et de violences conjugales, Marc et moi avons rencontré la présidente de l’association 3egales3, qui lutte contre toutes formes de violences conjugales. Ayant elle-même vécu cette situation, elle souhaite aider du mieux qu’elle peut les familles, les femmes, les hommes et les enfants victimes.
Elle nous a présenté une jeune femme. Celle-ci a perdu la garde de son enfant après avoir porté plainte contre son ex-compagnon. Ils ont donc opté pour la garde partagée. Seulement, après quelque temps, d’après la maman, son fils revenait de chez son père avec de plus en plus de blessures. Psychologiques et physiques. À la suite de plusieurs bilans chez différents médecins, il s’est avéré que le père du petit garçon l’agressait sexuellement.
Se sont suivis des combats constants de la mère avec la justice pour pouvoir récupérer son enfant, alors placé par l’ASE le temps de l’enquête et de la délibération. Entre-temps, le père de l’enfant ayant la double nationalité anglo-irlandaise a fait fabriquer deux autres passeports pour son fils, un Anglais et un Irlandais. La mère est aujourd’hui « inquiète », puisque selon elle, la justice tend à rendre la garde de l’enfant à son père.
De même que la première rencontre, rendre compte au public de cette affaire doit être compliqué puisqu’il ne faut à aucun moment laisser transparaitre sa colère ou sa frustration quant à la situation de cette jeune femme, qui est aujourd’hui « pieds et mains liés face à la justice » d’après l’association 3egales3.