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Un mini Versailles à Peixotto ?

Débuté en 2024, le projet Grand Peixotto-Margaut interroge quant à son utilité auprès des habitants. Un chantier de revalorisation ou une ambition démesurée d’Emmanuel Sallaberry ?

Des panneaux barrent la route à la sortie du giratoire de la médiathèque de Talence. Les travaux pour le projet de fusion du parc Peixotto et des jardins du château d’à côté ont débuté au printemps 2024. Avec un budget total de 8,8 millions d’euros sur 88 millions de budget annuel, le maire Emmanuel Sallaberry et ses conseillers se sont lancés dans un projet de réhabilitation dans le centre-ville, baptisé : Grand Peixotto-Margaut.

Bien que la plupart des habitants soient pour la rénovation du parc, l’ancienne conseillère d’opposition écologiste Maud Dumont s’interrogeait en 2024 lors d’un conseil municipal sur la pertinence « d’un palais des rois pour boire le thé ». Emmanuel Sallaberry confie que ce n’est « pas un projet de roi », mais qu’il ne fait rien d’autre que de « transmettre le patrimoine aux générations suivantes. » Il ajoute ensuite : « donc est-ce que des gens qui se rencontrent et qui prennent des verres ensemble est un investissement rentable ? La réponse est oui, bien sûr. »

Les travaux se déroulent sous trois axes définis par la mairie que l’on peut retrouver sur leur site. Le premier, concernant « la valorisation du patrimoine bâti » s’est terminé à l’été 2025 et a laissé place au deuxième axe. Il se porte sur la « valorisation du patrimoine végétal », qui devrait comprendre la création d’un chemin réservé aux piétons et aux vélos, allée Peixotto.

Un chantier nécessaire ?

À l’origine un espace aéré où les propriétaires promenaient leurs chiens, le jardin du château Margaut, transformé en école de musique, est recouvert de matériaux de construction : tuyaux, graviers, poutres en bois. Les engins de chantier vont et viennent sur la prairie, le parc Peixotto est réduit, deux entrées sont fermées et les panneaux de déviation fléchés placés par la mairie dérangent et interrogent les citoyens.

Uvashree, habituée de la médiathèque, affirme avoir été « surprise » en voyant les panneaux de déviation en sortant du tramway. « J’ai dû faire tout le tour juste pour aller à la médiathèque, alors que l’entrée était juste là – devant le tramway – ! ». Bien que l’aboutissement de ce projet rende à l’espace Peixotto sa « splendeur passée », un grand nombre de citoyens assurent que les travaux n’étaient « pas nécessaires ». Ema, une habituée du parc, n’est pas de cet avis : « redonner le lustre passé et végétaliser le centre-ville très bétonné est une bonne idée ».

Le projet de réhabilitation du parc a pour but de créer un jardin à la française. Deux allées de chaque côté du château principal de Peixotto, avec au milieu un bassin qui remplacera une vaste pelouse. Chaque buisson sera taillé de telle sorte que le parc ressemblera à « un mini Versailles », en ironise Ema. Le maire de la ville, contre les allégations, affirme : « aujourd’hui on est content d’avoir cet héritage qui a presque 300 ans […] le patrimoine, ça n’a pas de prix. » Datant du 18e siècle, les quatre bâtisses – deux châteaux et deux annexes – ont été rénovés avec les techniques d’époque, grâce aux Compagnons du Devoir.

Avec un visage soucieux, Ema s’inquiète cependant quant aux places « déjà limitées » au cœur de Talence. Le fameux disque bleu, appliqué dans les centres-villes des communes de Bordeaux, fait débat auprès des riverains. Notamment à Talence, puisque l’allée Peixotto, où se trouvait un stationnement en zone bleue, disparaitra au printemps 2026 pour laisser place à un chemin de partage entre vélos et piétons. L’accès à l’école de musique ne pourra donc plus se faire en voiture. Une quinzaine de places, réservées aux visiteurs, seront cependant créées en amont de la rue pour « permettre aux usagers qui viennent de loin » de stationner.

1h30 de gratuité maximum

La politique de stationnement à Talence est très stricte. Tout automobiliste bénéficient de 1h30 de gratuité, à valider sur un horodateur ou sur les applications dédiées. Les zones de stationnement gratuit et sans disque deviennent de plus en plus rares. La ville de Talence compte aujourd’hui huit zones bleues et deux zones payantes, instituées en 2015 dans les zones commerçantes et en centre-ville. Quant aux stationnements soumis au disque, arrivées en 2018, dans un premier temps dans la périphérie de la ville, elles ont été agrandies en 2019, touchant les quartiers de la Médoquine et de l’Hôtel de Ville, avant un énième agrandissement en 2021.